Fondatrice de Studio Ana’e, Aude Livoreil-Djampou partage son parcours et les raisons qui l’ont poussée à créer un espace dédié à l’expertise des cheveux texturés.

Qu’est-ce qui vous a initialement inspirée à créer Studio Ana’e ?
J’ai passé dix-sept ans au sein du groupe L’Oréal, où j’ai développé une véritable passion à la fois pour la cosmétique capillaire et pour l’univers de la coiffure professionnelle.
Au travers de missions réalisées au Brésil et aux États-Unis, j’ai pu découvrir la diversité des textures capillaires, et notamment l’univers des cheveux bouclés, frisés et crépus.
Dans ma vie personnelle, la naissance de mes enfants métis, aux cheveux frisés, a également été un véritable déclic. Je me suis alors aperçue qu’à cette époque — il y a environ dix-huit ans — les cheveux texturés étaient très peu pris en compte en France, notamment dans le secteur de la coiffure professionnelle.
C’est ainsi qu’est née l’idée de créer un salon multi-texture, capable d’accueillir et de sublimer toutes les textures de cheveux, du plus raide au plus crépu.
Quelle est la philosophie de vos salons ?
La philosophie des salons Studio Ana’e repose avant tout sur l’inclusion et l’accueil de toutes les textures de cheveux. D’ailleurs, “Ana’e” signifie “tous” en tahitien, ce qui reflète pleinement notre vision.
Nous avons développé des salons premium capables d’accueillir tous les types de cheveux, du plus raide au plus crépu. Cette approche passe également par une grande diversité de marques, car il est essentiel pour nous que nos clientes et clients aient accès à ce qui se fait de mieux aujourd’hui sur le marché. Nous sélectionnons donc avec soin quatre à cinq marques partenaires avec lesquelles nous travaillons au quotidien.
L’autre point fondamental est le temps accordé à chaque rendez-vous. Nous souhaitons offrir une expérience la plus qualitative possible, avec une consultation approfondie réalisée au début de chaque prestation. Nous donnons aussi aux coiffeurs le temps nécessaire pour exercer pleinement leur métier, quelle que soit la texture de cheveux travaillée.
Enfin, nous proposons une très grande diversité de prestations — soins, coiffage, coupe, couleur, balayage, nattes, locks, etc. — afin que chacun puisse trouver une réponse adaptée à ses besoins et se sentir pleinement accueilli dans nos salons.

La formation fait partie de l’ADN de Studio Ana’e. Pourquoi est-elle si essentielle lorsqu’on travaille avec des cheveux bouclés, frisés ou crépus ?
La formation autour des cheveux bouclés, frisés et crépus est essentielle, au même titre qu’elle l’est pour les cheveux raides. La différence, c’est qu’aujourd’hui encore, elle reste très peu prise en charge dans les établissements de formation.
Que ce soit dans le CAP, le Brevet Professionnel ou le BTS coiffure, il n’existe pratiquement aucun contenu dédié aux cheveux texturés. À ce jour, un seul diplôme propose réellement cet enseignement : le Bachelor Coiffure & Entrepreneuriat organisé par L’Oréal, dans lequel j’interviens moi-même en tant que formatrice.
Aujourd’hui, une personne qui souhaite développer une expertise sur les cheveux bouclés, frisés ou crépus doit donc essentiellement se tourner vers des initiatives privées, qui restent encore peu nombreuses.
Il est donc très important de pouvoir proposer un véritable catalogue de formations afin que les jeunes diplômés, mais aussi les coiffeurs déjà en exercice, puissent se former correctement à ces textures de cheveux et développer des compétences professionnelles adaptées.
Le cheveu texturé est-il aujourd’hui suffisamment abordé dans les cursus d’apprentissage de la coiffure en France et en Europe ?
Aujourd’hui, clairement non. Comme évoqué précédemment, il n’existe toujours pas de véritable contenu d’enseignement consacré aux cheveux bouclés, frisés et crépus dans les grands diplômes nationaux que sont le CAP, le BP ou le BTS coiffure.
Le seul cursus qui propose actuellement une approche complète de l’ensemble des textures de cheveux et des différentes techniques associées est le Bachelor Coiffure & Entrepreneuriat organisé par L’Oréal.
Par ailleurs, le CQP dédié à la coiffure des cheveux bouclés, frisés et crépus, créé en 2022, en est encore à ses débuts. Il est aujourd’hui proposé dans très peu d’établissements et concerne encore un nombre limité d’élèves.
Tout reste donc encore à construire pour permettre à l’ensemble des étudiants en coiffure, mais aussi aux professionnels déjà en activité, d’accéder à une formation solide et complète sur les cheveux texturés.

Vous travaillez avec Avlon Europe depuis la création de vos salons. Qu’est-ce qui vous a séduite dans cette marque, et quelles valeurs professionnelles partagez-vous ?
Dès l’ouverture du premier salon en 2015, j’ai choisi d’intégrer Avlon Europe, car je connais cette marque depuis très longtemps.
C’est une marque américaine historique, qui existe depuis de nombreuses années et pour laquelle la science ainsi que la recherche autour des cheveux bouclés, frisés et crépus occupent une place fondamentale.
Les produits proposés sont extrêmement pertinents, avec des formules parfaitement adaptées aux différentes textures de cheveux. La gamme est également très complète et reste accessible en termes de prix, quel que soit le type de salon dans lequel on travaille.
J’ai aussi été séduite par leur véritable approche professionnelle : l’existence de formats bac adaptés aux salons, en litre et même à l’époque en formats de 2,5 litres, montrait déjà une vraie compréhension des besoins des coiffeurs.
C’est donc ce mélange de professionnalisme, de performance, de diversité de produits et d’accessibilité qui m’a convaincue dès l’ouverture du salon.
Comment les équipes Avlon Europe vous accompagnent-elles, aussi bien dans votre salon que dans le développement de vos équipes ?
Nous avons très souvent fait appel aux équipes de formation de Avlon Europe, notamment à Jackie McIntosh, qui est venue régulièrement former l’ensemble de nos équipes.
Ce sont des professionnels extrêmement à l’écoute et d’un très haut niveau. Tous les coiffeurs que j’ai eu l’occasion de rencontrer dans le cadre des formations Avlon possédaient une véritable expertise technique.
À l’époque, il y avait également le coiffeur français TAJ, qui jouait un rôle important dans la transmission et la formation. Depuis son décès, c’est principalement l’équipe anglaise qui a pris le relais, avec notamment Jackie qui continue d’intervenir régulièrement dans nos salons.
Cet accompagnement est précieux, car il permet à nos équipes de continuer à progresser, à se perfectionner et à maintenir un haut niveau d’exigence professionnelle.

Pourquoi était-il important pour vous d’organiser des sessions de formation et des événements éducatifs au sein de vos salons ?
Je pense que la formation est un élément clé de la qualité du métier de coiffeur. Il est donc essentiel d’organiser régulièrement des sessions de formation avec les équipes, à la fois pour bien connaître les produits, mais aussi pour continuer à affiner les techniques.
Cela permet d’aller toujours plus loin dans la précision, la maîtrise du geste et le professionnalisme. Ce sont, selon moi, des éléments absolument incontournables pour garantir un haut niveau de qualité dans nos salons.
Nous sommes donc très heureux de pouvoir mener ce travail de formation continue en partenariat avec Avlon Europe.
Quelles sont les gammes Avlon incontournables pour vous ? Quels sont vos produits fétiches ?
Nos gammes préférées chez Avlon Europe sont essentiellement au nombre de trois.
La première est la gamme KeraCare, avec des produits simples, accessibles, extrêmement performants et dont le rapport qualité-prix reste, selon moi, inégalé à ce jour. Je pense notamment au soin démêlant Humecto, qui demeure une référence absolue, ou encore au Hydrating Mist de KeraCare.
La deuxième est la gamme professionnelle Moisture Right. C’est une gamme courte, composée de neuf produits seulement, mais avec laquelle on peut pratiquement tout réaliser. On y retrouve notamment la mousse Foam Wrap, qui reste pour nous l’un des meilleurs produits du marché, encore inégalé aujourd’hui et que nous utilisons quotidiennement au salon.
Enfin, il y a bien sûr la gamme Texture Release, qui propose un lissage doux permettant de créer des variations dans la boucle tout en conservant un retour progressif au cheveu naturel au fil du temps. C’est un service extrêmement simple d’utilisation, très sûr et parfaitement adapté à toutes les textures de cheveux.
Quelle importance accordez-vous à la composition et aux formules des produits utilisés ?
La composition des produits est aujourd’hui un sujet très important. Les clients sont de plus en plus informés et attentifs : ils lisent les étiquettes, consultent des applications comme Yuka et souhaitent comprendre précisément ce qu’ils utilisent sur leurs cheveux et leur cuir chevelu.
Il est donc essentiel de vérifier que les produits sont formulés selon des standards modernes, avec des compositions les plus saines et naturelles possibles.
Chez Studio Ana’e, nous accordons donc une très grande attention à cet aspect dans le choix des marques et des produits que nous utilisons au quotidien.
Quels bénéfices avez-vous observés sur la santé du cuir chevelu et des cheveux de vos clientes ? Est-ce, selon vous, un levier majeur de fidélisation ?
Lorsqu’on utilise régulièrement de bons produits, les résultats sont très visibles dans le temps. Nous le constatons en tant que coiffeurs, mais les clientes le voient également très clairement.
Nous avons par exemple mis en place des rituels de soins réguliers, avec des protocoles sur plusieurs rendez-vous. Après deux mois, quatre mois ou six mois, on observe une amélioration notable de la qualité des cheveux.
Ce qui est essentiel, c’est de proposer un véritable service professionnel au salon, avec des soins profonds adaptés, mais aussi de pouvoir recommander des produits à la revente afin que la cliente puisse prolonger à la maison tous les bénéfices obtenus en salon.
Les cheveux gagnent en souplesse, en brillance, mais aussi en longueur, car les pointes sont mieux protégées et moins abîmées. Le cuir chevelu est également plus équilibré et en meilleure santé.
Une bonne routine professionnelle, associée à des soins réguliers au salon et à domicile, constitue selon moi une véritable garantie d’amélioration durable de la chevelure. Et oui, c’est clairement un levier majeur de fidélisation, car les clientes constatent concrètement les résultats dans le temps.
Comment la perception des cheveux texturés a-t-elle évolué en France ces dernières années ?
La perception des cheveux texturés a clairement connu une véritable révolution depuis une dizaine d’années.
Certaines personnes pensent encore qu’il s’agit d’une mode, mais ce n’est absolument pas le cas. Nous sommes face à une tendance de fond, à un véritable changement sociétal.
Aujourd’hui, toute une jeune génération porte naturellement ses cheveux bouclés, frisés ou crépus, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Les générations intermédiaires, entre 25 et 45 ans, cherchent également de plus en plus à revenir à leur texture naturelle.
Il reste parfois les femmes un peu plus seniors, qui commencent elles aussi à redécouvrir leurs cheveux naturels, mais qui ont souvent besoin d’un peu plus de temps pour s’approprier ce changement.
Quoi qu’il en soit, le cheveu texturé naturel est désormais devenu une norme, et je pense sincèrement que nous ne reviendrons pas en arrière.
Quels conseils donneriez-vous à la nouvelle génération de salons souhaitant développer une véritable expertise des cheveux texturés et une approche inclusive ?
Une nouvelle génération de salons est effectivement en train d’émerger, portée par des professionnels extrêmement motivés. Honnêtement, je n’ai pas vraiment de conseils à leur donner, car je trouve qu’ils font déjà un très beau travail.
Je pense qu’il faut continuer à proposer des produits de qualité et des services de qualité. Il est aussi très important de ne pas se limiter uniquement aux soins et au coiffage. Les salons spécialisés dans les cheveux texturés doivent également développer toute la partie technique du métier : la couleur, les brushings, les chignons, et plus largement tout ce qui fait la richesse, la créativité et la diversité de la coiffure.
Il faut rester moderne, diversifié, dynamique, tout en gardant une vraie exigence professionnelle.
Par ailleurs, dans le contexte économique actuel, il est essentiel de bien maîtriser son équilibre financier. Les cheveux bouclés, frisés et crépus nécessitent du temps pour être correctement coiffés. Il est donc indispensable de laisser suffisamment de temps aux coiffeurs pour travailler dans de bonnes conditions, mais aussi de valoriser ce temps à travers une tarification adaptée. Sinon, le modèle devient rapidement compliqué économiquement.
En tout cas, je ne peux qu’encourager toutes les initiatives qui voient le jour aujourd’hui ainsi que cette nouvelle génération qui crée des salons spécialisés avec beaucoup d’énergie et de passion.
Quelle est votre vision pour l’avenir de Studio Ana’e ?
Le deuxième grand volet de développement pour Studio Ana’e, au-delà des salons, est clairement celui de la formation.
J’ai actuellement plusieurs projets en cours dans ce domaine, car nous constatons encore aujourd’hui que c’est la formation qui a le plus besoin d’être soutenue et développée autour des cheveux bouclés, frisés et crépus.
L’objectif est donc de continuer à transmettre, à former les professionnels et à faire évoluer les compétences dans le secteur.
Parallèlement, nous souhaitons aussi continuer à rester très à l’écoute des marques, à tester régulièrement de nouveaux produits et à sélectionner les meilleures références possibles afin de proposer à nos clientes et clients une offre toujours plus qualitative et pertinente.

